Pensées sur un avenir vélo pour le Pays de Gex
Ce rapport propose une stratégie globale pour développer un réseau cyclable sécurisé et encourage la mobilité durable dans le Pays de Gex. pendant 14 secondes. Un état des lieux clair et des solutions ambitieuses pour faire du vélo la clé de la mobilité durable dans le Pays de Gex. Ferney-Voltaire, octobre 2022
Propos introductif
Ce rapport, ses constats et ses propositions sont le fruit de nombreux échanges conduits depuis plus d’une année avec des citoyens, des associations, des acteurs économiques et agricoles, ainsi que des élus du territoire. Son but est de contribuer à la mise en place d’une stratégie globale de la mobilité vélo au sein du Pays de Gex et vers Genève. Cette stratégie doit répondre à plusieurs défis : l’économie, les déplacements individuels non contraints, l’intermodalité des moyens de déplacement, la préservation de l’environnement, la santé publique et une détermination sincère à faire réellement du Pays de Gex un territoire innovant et moteur.
Contexte territorial et transfrontalier
Le Pays de Gex, 110 000 habitants, possède l’atout de ses inconvénients (ou l’inverse). Des cités denses et dynamiques, des bourgs agréables et un territoire parsemé de villages qui lui confère encore un ressenti campagnard. À l’inverse des territoires structurés en étoile autour d’une grande ville-centre (qui facilitent les stratégies économiques, de services publics et de mobilité), le Pays de Gex fait face à un « éparpillement de densités ».
Il faut être honnête, le Pays de Gex a raté sa structuration routière : la 2×2 voies n’est pas connectée à une autoroute et s’arrête brutalement à la porte de France. Les routes principales évitent rarement le centre des communes qu’elles desservent. En outre, le maillage secondaire est constitué de voies trop étroites aux accotements peu stabilisés, sans aucun espace réservé aux piétons et aux cycles. Quant aux centres des villes, ils sont souvent saturés en journée par les véhicules des Gessiens qui cherchent à se rapprocher des dessertes de transports collectifs en direction de Genève. Les joutes politiques et atermoiements financiers ou partisans incessants depuis 25 ans, ainsi que les partages de compétences et leurs migrations entre collectivités, ont freiné les projets pourtant nécessaires, alors que les constructions de logements étaient en parallèle libérées. Pire encore, le territoire n’a jamais réellement réfléchi à structurer ses routes en dehors d’une hypothétique prolongation de la 2×2 voies, figurant actuellement dans les documents d’urbanisme et dont plus personne ne défend réellement la réalisation : les coûts seraient sans doute désormais impossibles à assumer et les travaux seraient confrontés à des contraintes environnementales dissuasives. Le Pays de Gex possède pourtant l’une des démographies les plus dynamiques de France et d’Europe.
La structuration routière gessienne insuffisante a conduit à une saturation du réseau principal et désormais secondaire, qui provoque de plus en plus de conflits d’usage. Par exemple, les agriculteurs se plaignent régulièrement des freins et divers étranglements que les communes mettent en place pour décourager les traversées. Il en est de même pour le trafic PL ou SPL. Les transports en commun sont également impactés par ces aménagements, de même que par le manque de voies dédiées, rendant peu fiables les horaires et, par conséquent, peu attractif l’usage des TC.
La saturation du réseau et les conflits d’usage rendent évidemment dangereux les déplacements à vélo, rendant désormais presque impossible le partage des infrastructures non dédiées.
Si le mille-feuille de compétences n’a pas facilité le développement de nos routes, il a – jusqu’ici – totalement occulté la possibilité (et la nécessité) de créer un maillage cyclable sécurisé, pertinent et identifié. À noter que le PLUIH de 2020 a cependant adopté une OAP mobilité qu’il faudrait désormais mettre en œuvre en concertation, sous l’impulsion de l’agglomération. À titre d’exemple, la voie de chemin de fer est identifiée comme voie d’intérêt communautaire, mais à ce stade seules les communes mettent en œuvre les tronçons qui les traversent.
À ce jour, une seule réalisation territoriale est visible, non terminée (pourtant démarrée il y a 5 ans) et dont la pertinence du tracé est discutable. La véloroute Ferney/Gex est l’exemple d’une ambition trop molle et mal pensée dans ce domaine. Le tronçon Maconnex-Grilly est à l’étude. Le tronçon Ferney-Saint-Genis, qui figure pourtant dans le PLUIH comme voie d’intérêt communautaire également, n’est pas encore étudié par Pays de Gex Agglo.
De plus, et bien que les mobilités s’inscrivent logiquement dans une série d’échanges et de projets coconduits (voire cofinancés) avec la Suisse voisine, les citoyens gessiens peuvent constater au quotidien la différence sur les avancées tant philosophiques qu’en termes de réalisations concrètes que nos voisins parviennent à mener dans un environnement tout aussi contraint que le nôtre. Cette possibilité de comparaison tend (assez logiquement) à radicaliser les demandes des utilisateurs et notamment des associations spécifiques.
Enjeux et besoins
Si, hier encore, la réalisation de pistes cyclables pouvait être vue comme des équipements de confort ou à visée touristique ou de loisirs, le besoin d’une structuration globale en site propre répond désormais à de nombreux enjeux et besoins.
La sécurité
Se déplacer en sécurité est une exigence légitime dans un territoire comme le nôtre, dont les axes sont saturés. La sécurité est la première des obligations qui incombent aux collectivités en responsabilité. La sécurisation effective des déplacements est la base de toutes les politiques possibles, comme nous le verrons au fur et à mesure de ce document et des propositions liées.
Les nouveaux usages
Cargos, remorques, triporteurs sont autant de nouveaux véhicules difficiles à faire cohabiter avec le réseau routier standard, de par leur lenteur et leur gabarit. Si l’on met à leur disposition des voies dédiées, leur nombre se renforcera, offrant une vraie alternative à l’usage de la voiture pour les dessertes scolaires notamment.
La trottinette électrique est également à prendre en compte. Son développement récent et ultrarapide incarne la difficulté à appréhender les évolutions de mobilité et à faire cohabiter tous les usages sur un réseau routier saturé. Les trottinettes ne sont certainement pas une mode. Elles cumulent tous les avantages pour se déplacer dans notre région, notamment sur les trajets domicile/travail, pour peu qu’elles puissent bénéficier des véloroutes (tout en respectant les autres usagers évidemment…).
L’explosion du VAE
Notre territoire est sans doute celui à même de voir se développer très rapidement l’usage du Vélo à Assistance Électrique. Notre population est globalement aisée et tournée professionnellement vers Genève, qui met chaque année en place des freins plus forts à l’usage de la voiture, faisant du VAE une véritable alternative de déplacement individuel. Nous le verrons plus tard, le développement du territoire devra logiquement prévoir des incitations et des aides pour les personnes travaillant en France (commerces et services publics).
La structuration en site propre
Il n’est pas envisageable de structurer les pistes cyclables sur les emprises actuelles de nos routes saturées. Le site propre doit être une règle de base. Sur ce thème, l’enjeu est d’offrir de nouvelles connexions sans « punir » les autres mobilités déjà fortement contraintes (transports lourds, transports en commun, agriculteurs). En outre, nos routes devront accueillir presque 50 % de déplacements supplémentaires d’ici 2040.
La fin (définitive) du « tout voiture » en direction de la Suisse
Comme chacun sait, les politiques publiques genevoises sont clairement hostiles à la voiture. Ce frein est annoncé depuis une dizaine d’années, il se met désormais en place : réduction des voies, suppression des parkings publics, interdiction de création de nouveaux parkings pour les entreprises et administrations, bouchons organisés. Alors même que le nombre de frontaliers continuera d’augmenter, Genève exige d’eux qu’ils n’aillent plus au travail en voiture.
Le coût des transports en commun
Le Pays de Gex est un territoire sur lequel il ne sera jamais possible d’offrir un bus à chaque habitant. Sa géographie, faite de villes distantes, de bourgs et de petits villages, ne le permet pas ou conduirait l’agglomération à consacrer des sommes impossibles à assumer pour mettre en fonctionnement des lignes avec peu d’arrêts, peu de fréquences et des temps de transport rendant sans aucun doute le service sans intérêt pour les habitants. Dans le Sud gessien, un service de transport à la demande a été mis en place. S’il est utile, il reste profondément déséquilibré, dépendant des hausses inéluctables des coûts de l’énergie et de personnel.
Le covoiturage… une anecdote
Le covoiturage reste une exception dans les déplacements des Gessiens. Sommes-nous trop attachés à notre volonté de rester libres de nos mouvements ? Les politiques successives et incitations ont-elles été suffisantes ? Qui connaît véritablement les offres du pôle métropolitain, Blablacar Daily ? Hé ! Léman… ? Les efforts de ces dernières années sont louables, mais ressemblent plus à des ballons d’essai qu’à de véritables outils utilisables au quotidien. De plus, toute politique en faveur du covoiturage nécessite une incitation et donc un coût de fonctionnement pour la collectivité. À noter que le Pôle Métropolitain tente de rapprocher les utilisateurs des différentes plateformes grâce à un nouveau site : covoiturage-leman.org. De nouvelles incitations fiscales et le coût du carburant semblent toutefois susceptibles de booster la solution du covoiturage. Pays de Gex Agglo va s’associer au travail du Pôle, ce qui permettra à notre territoire de disposer d’un support de diagnostics.
Le développement du « vélotaf »
Face aux contraintes précitées, de plus en plus d’habitants se rendent désormais au travail à vélo, et ce, en toute saison. Les entreprises et administrations prennent désormais en compte cette réalité en aménageant mieux les locaux destinés au personnel (parkings couverts, vestiaires, douches) pour faciliter et encourager le vélotaf. À l’inverse des transports en commun et du covoiturage, aller au travail à vélo laisse totalement libre de son emploi du temps.
Synthèse globale
En quelques paragraphes, faisons des constats et des propositions :
Les constats
- Le réseau routier gessien est saturé et n’offre que très peu de perspectives de développement alors même que la démographie va encore s’accroître.
- Le développement des infrastructures routières est de plus en plus contraint par les coûts des travaux et les compensations environnementales à assurer.
- Les contraintes qui pèsent sur les déplacements individuels en voiture seront de plus en plus lourdes dans un avenir proche (coût du carburant, absence de parking ou tarif dissuasif, bouchons, itinéraires transfrontaliers restreints — fermetures des petites douanes par exemple).
- Le covoiturage reste marginal et ne règle aucun problème structurel.
- Le coût des transports en commun ne cessera de progresser (carburant, véhicules, exploitation…) jusqu’à un niveau insupportable pour la collectivité gessienne. Pour autant, le service offert à la population ne pourra jamais être satisfaisant, la géographie de notre territoire ne le permet pas.
- Malgré les efforts de communes, le nombre de pistes cyclables en site propre est faible. Les connexions entre communes sont rares et à l’initiative seule de maires voisins (Grilly, Sauverny, Versonnex, par exemple).
- À ce jour, une seule véloroute d’intérêt communautaire est en cours de réalisation, toujours pas terminée, avec des travaux commencés il y a pourtant 4 ans. L’acquisition (non anticipée) des terrains manquants pourrait encore prendre 1 voire 2 années. À ce rythme et avec cette méthode, il faudra 20 ans pour mailler le Pays de Gex avec les véloroutes inscrites dans le PLUIH.
- La voie verte sur la voie ferrée n’est assumée, à ce stade, que par les communes qu’elle traverse et reste surtout associée aux loisirs. Des aides sont apportées par l’État, la Région, le Département, mais pas par l’Agglo, alors qu’il s’agit d’un axe d’intérêt communautaire. La qualité de la réalisation ne répond à aucun cahier des charges que Pays de Gex Agglo aurait pu émettre, ayant inscrit la voie dans le PLUIH. Il en résulte des disparités dans l’approche (surtout liées aux coûts que les travaux représentent pour les communes hôtes).
- L’incitation aux déplacements à vélo n’est pas portée par Pays de Gex Agglo (stratégie, structures, communication, primes, aides à l’achat, signalétique…), alors que l’Agglomération est dépositaire des compétences Économie et Transport.
- Pays de Gex Agglo a adopté une délibération de principe portant la part modale des déplacements à vélo à 9 % en 2024, alors que le Pays de Gex dépasse à peine les 2 %, en retard sur la moyenne nationale qui est à 3 %. Cet objectif est pour l’heure totalement utopique.
Les propositions
- Décréter immédiatement que les mobilités cyclables sont une priorité absolue du Pays de Gex d’un point de vue économique, de sécurité et stratégique, et enclencher la réflexion sur la mise en place d’un « schéma directeur des mobilités cyclables ».
- S’inscrire et influer sur les choix du 1er schéma de mobilité du Département de l’Ain. Obtenir les financements idoines.
- Miser sur le vélo comme moyen de déplacement individuel et écologique au coût collectif très faible.
- Créer et animer un comité de travail et de suivi réunissant techniciens, élus des collectivités impliquées (communes, PGA, CD) et représentants des usagers, ayant pour mission de réfléchir à un écosystème « de mobilité individuelle cyclable ».
- Recenser tous les projets et besoins de toutes les communes, enclencher un savoir-faire commun et de bon sens, coordonner et apporter une expertise aux réalisations communales.
- Dédier des financements PGA (via des fonds de concours) aux réalisations de pistes et voies cyclables lorsqu’elles sont de compétence communale. Se concerter avec le Département pour financer les voies d’intérêt communautaire.
- Inclure les nouveaux usages dans les réflexions (vélos électriques, triporteurs, cargos, trottinettes) afin que les ouvrages soient adaptés.
- Recruter un technicien expérimenté et dédié au sein de Pays de Gex Agglo, et aller chercher systématiquement des financements.
- Mettre en place une signalétique sur tout le territoire (exemple Grilly, Sauverny, Versonnex) et une politique incitative forte (événements, primes à l’achat, parkings sécurisés, services d’aide à l’entretien, formation à l’usage et à la sécurité dès le plus jeune âge).
- Déterminer une liste des 10 « points noirs » principaux à régler en moins de 3 ans. En effet, les croisements dangereux ou stops à répétition sont dissuasifs pour l’utilisation du vélo. Établir une concertation et obtenir des participations avec les collectivités concernées pour chaque lieu. Sécuriser en priorité les abords des écoles, collèges et lycées, cofinancer les travaux avec les collectivités en charge.
- Démarrer dès à présent tous les projets de véloroutes inscrits au PLUIH. Valider les tracés, déclencher systématiquement les DUP et réaliser l’ensemble des axes structurants en moins de 10 ans.
- Inciter, assister et coordonner les actions distinctes des communes, du Département et de Pays de Gex Agglo.
- Travailler avec la Suisse sur les connexions transfrontalières, obtenir des cofinancements dans les prochains Plans.
- Mettre en place un écosystème complet de la mobilité vélo permettant, en 10 ans, de faire du Pays de Gex un territoire totalement maillé, sécurisant, incitant et exemplaire.
- L’ensemble de ces actions a vocation à faire du vélo, dans le Pays de Gex, une part modale à 10 % en 10 ans, objectif réaliste que se sont également fixés la Haute-Savoie et le Canton de Vaud.
Synthèse de conclusion
Le constat dressé dans ce rapport est sans équivoque : le Pays de Gex souffre d’un retard important en matière d’infrastructures cyclables, alors même que la démographie y est l’une des plus dynamiques de France. Le réseau routier, saturé et peu extensible, ne répond plus aux enjeux de mobilité actuelle et future ; le développement des transports en commun ne pourra pas, à lui seul, apporter une réponse complète. Par ailleurs, l’objectif d’une part modale du vélo à 9 % reste aujourd’hui irréaliste, faute d’une véritable stratégie d’ensemble et d’une mobilisation déterminée de tous les acteurs.
Toutefois, ce rapport propose des pistes ambitieuses et cohérentes pour créer un véritable écosystème vélo dans la décennie à venir :
- Structurer des voies cyclables sécurisées en site propre, adaptées aux nouveaux usages (VAE, cargo, trottinette électrique, etc.), pour permettre un report modal significatif.
- Renforcer la coordination institutionnelle (Agglo, communes, Département de l’Ain, Suisse voisine) afin de planifier et cofinancer un réseau cyclable à l’échelle du territoire, en tirant parti des programmes déjà existants (PLUIH, schémas de mobilité, etc.).
- Mettre en place un dispositif d’incitations fortes (primes, campagnes de communication, parkings sécurisés, évènements de promotion, accompagnement des entreprises…) pour encourager la pratique du vélo au quotidien, notamment sur les trajets domicile-travail.
- Embaucher une équipe dédiée ou un technicien référent pour piloter ces projets, rechercher des financements, et standardiser les cahiers des charges, gages de cohérence et de qualité.
- Mieux cibler les « points noirs » (carrefours dangereux, passages routiers saturés, abords d’écoles), afin d’y réaliser, en priorité, les aménagements qui rassureront les usagers potentiels.
En conclusion, l’urgence de la situation appelle une réponse à la hauteur : il s’agit non seulement d’améliorer la sécurité et de répondre aux défis environnementaux, mais aussi de favoriser la santé, l’économie locale et le dynamisme de l’ensemble du Pays de Gex. En embrassant une stratégie cyclable ambitieuse et coordonnée, le territoire peut devenir, en moins de dix ans, un modèle pour la pratique du vélo transfrontalière. Cet élan positif doit être soutenu par une volonté politique forte, une coopération renforcée entre collectivités et une sensibilisation continue des habitants. Le Pays de Gex a, plus que jamais, l’opportunité de se transformer et d’inspirer d’autres régions confrontées à des défis similaires.
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